COMMENT TOUT A COMMENCE OU DANIEL ET CHARLIE

Publié le 27 Août 2012

COMMENT TOUT A COMMENCE OU DANIEL ET CHARLIE

C’est la tragique histoire d’un jeune américain Charles William Bass, portrait, au début des années 80.

Héros malgré lui, d’un film reportage de François Reichenbach « Houston, Texas ». Il est condamné à la peine capitale pour avoir tué un policier.

Daniel témoigne : «Ce document bouleversant, je le reçois en pleine face. Ce soir de mars 81 à Lyon, je n’aurrais jamais imaginé que beaucoup de choses allaient changer dans ma vie après avoir vu ce film, coup de poing de Reichenbach ».

La caméra est là pour un reportage et témoin de toute l’histoire, soudain une bagarre, un policier est blessé. Il meurt, un jeune de ce quartier pauvre de Houston est arrêté et jugé. Le reporter s’intéresse à ce jeune pour qui la vie vient de basculer jusqu’au verdict ; condamné à mort par injection. Charlie portera désormais le matricule 662.Il attend son exécution dans le couloir de la mort de Huntsville, Texas.

La violence, la justice, la prison, la peine de mort, tout s’étalait devant les yeux de Daniel, lui qui n'y avait jamais pensé auparavant.

Après avoir vu le film, il écrit à Charlie et va le rencontrer à plusieurs reprises.

Daniel écrit à ce prisonnier pour lui dire qu’il n’y a pas vraiment de mot mais qu’il a ressenti sa détresse, il veut le soutenir. Il pense alors à la famille du policier abattu, là aussi…il y a la douleur.

Il Témoigne simplement sa révolte devant la peine capitale, ce « meurtre légal », qui sous le couvert de justice, refait exactement ce qu’elle reproche. Cet être humain suscite le respect en tant que tel.

Charlie répond…Une amitié s'installa entre Lyon et Houston. La réalité de la prison, se montre aux yeux de Daniel, l’exclusion, la solitude, l’attente insoutenable de la mort programmée.

Un an plus tard, il décide d'aller rencontrer Charlie dans sa prison.

Il rencontre ses proches dans cette banlieue pauvre de Houston, un monde de misère, au milieu de ses dix frères et sœurs, une famille qui l’a oublié faute de moyens, Sa mère Rose. C’est une femme désemparée au regard bleu et douloureux.

Une autre rencontre avec cette femme extraordinaire La Delle St Cyr, américaine qui décide un jour d’aller voir Charlie en prison et l’aide à survivre.

Avant de commettre un acte irréparable, la société a fait de Charlie, quelque part, une victime avant l’heure : Triste constat.

Daniel rencontre Dorothy Baker, la femme du policier abattu. Cet instant il ne l'oubliera jamais. Elle a certainement dû le prendre pour un fou, le petit français.

En France justement, il est rejoint très vite par plusieurs amis et proches sensibilisés. Se constitue alors une association, décidée à le soutenir. Charlie souhaite que l’action se porte aussi sur les prisons qui nous entourent.

« Vous devez aussi penser aux autres, pas seulement à moi, à tous ceux qui souffrent de la détention d’une prison, à commencer par ceux de votre ville ! »

"Prisons du Monde" est née et s’ouvre « aussi » sur les autres prisons.

Elle entend soutenir et dénoncer la misère du monde carcéral, tout en s’opposant à l’application de la peine de mort.

Lors d’une des visites de l’été 83, Charlie demande à Daniel d’écouter sur une radio locale : KPFT, un programme pour les prisonniers et leurs familles. Par le biais de la radio et du téléphone, il entend les voix des proches adresser en direct un message à un prisonnier.

Daniel réalise que mettre quelqu’un en prison c’est aussi incarcérer une mère, une femme, des enfants…des mots bouleversants passent à travers les ondes.

Nul n’est épargné dans cette épreuve !

Charlie, lui dit alors :

« Voilà ce que tu dois faire pour les prisonniers de ton pays ! »

C’est ainsi que naît à Lyon le 18 décembre 1983, avec les toutes premières radios libres : « Le téléphone du dimanche » sur les ondes de Radio Fourvière.

Ces premières voix de l’extérieur pour ceux qui sont à l’intérieur, très vite d’autres villes prennent le relais en France et en Europe.

Trente ans plus tard, le cadeau de Charlie, ce canal de tendresse, ces instants de retrouvailles sont attendus par des milliers de détenus et leurs proches. Un relais du « Téléphone du dimanche » est présent désormais dans une vingtaine de régions françaises.

Le 11 mars 1986, Charlie Bass est transféré du couloir de la mort de « Ellis Unit » à la chambre d’exécution de « Walls Unit » de Huntsville.

Juste avant son exécution il déclare à Daniel :

« Aujourd’hui je quitte l’enfer. Si Dieu existe, il a certainement une meilleure place pour moi.

Vous tous, mes amis en France, plus que jamais continuez ! Conservez ce regard fraternel sur ceux qui sont emprisonnés.

En quoi que ce soit, gardez confiance et n’abandonnez jamais ! »

Aujourd’hui, l’héritage de Charlie, simple condamné à mort, demeure.

Grâce à ce prisonnier au cœur grand comme le monde, il reste ces messages radiophoniques pour consolider les liens affectifs afin de ne pas désespérer. Si de nombreuses stations de radio en ont repris l’idée, et c’est tant mieux…

Même si la communication avec les familles est plus facile maintenant, ça ne remplace pas le manque de liberté. Aussi tant qu’il y aura des prisonniers derrière le poste de radio, il y aura une équipe pour faire vivre cette émission.

« N’abandonnez jamais ! »

Le dernier message de Charles William Bass,

à ses amis français.

D’après un témoignage de Daniel fondateur du « Téléphone du Dimanche »

Post-scriptum : Ce film « Houston Texas » nous ne l’avons pas, son ancienneté fait qu’il n’est pas facile à trouver. Alors si vous avez une idée pour nous aider à nous le procurer. Merci

Rédigé par Le téléphone Du Dimanche

Publié dans #le telephone, #Charles william Bass

Commenter cet article